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Pour les casinos Français, le bilan de l’année est morose. La Tribune de Genève a pu se procurer les résultats des 190 casinos français que le Ministère de l’intérieur s’apprête à dévoiler. Premier constat pour la zone frontalière qui enregistre une forte concentration d’établissements de jeu (Divonne, Annemasse, Saint-Julien, Annecy, Evian): celui de Saint-Julien est le seul à avoir progressé durant l’exercice 2006-2007.

Les casinos français ont clôturé leur année comptable par une hausse mesurée de leurs revenus de 2,84%, grâce à leur immense parc de machines à sous: 20 684 en tout! Mais tous ne peuvent pas en dire autant. C’est particulièrement vrai pour la France voisine.

Annemasse, le grand perdant

Divonne, qui fut pendant plus de vingt ans le numéro un de l’Hexagone, poursuit sa chute. Il n’est plus aujourd’hui que le douzième casino de France. Consolation pour -Divonne: la baisse semble enrayée. Elle est passée de -11,6% du produit brut des jeux (PBJ) en 2005 à -0,09% en 2007. Deuxième casino de la région, Annemasse est le grand perdant de l’année et régresse du quatorzième au seizième rang. Evian reste vingtième, mais son PBJ continue de baisser: -2,84% en 2007 (-5,26% en 2006).

Seul Saint-Julien poursuit sa marche en avant constante -depuis son ouverture (septembre 2002). Certes, on est loin du bond de 2006 (+16,95%). Mais la hausse du PBJ de 4,66% de cette année réjouit son directeur Patrick Péquiot: «Nous avons tous subi les effets de la nouvelle réglementation qui a introduit le contrôle d’identité à l’entrée. Ajoutez à cela la hausse de l’euro par rapport au franc nous enregistrons une baisse de 20% de devises suisses dans nos caisses! et la très forte concurrence en zone frontalière sept casinos à 50 minutes de voiture du centre de Genève! et vous comprendrez que le fait de progresser est une satisfaction.»

De quoi réjouir également les nouveaux propriétaires du -Casino de Saint-Julien, les anciennes stars du rugby Bernard Laporte et Denis Charvet qui ont racheté l’établissement au groupe Partouche pour 17,5 millions d’euros, en mars dernier. Depuis, Laporte est -devenu secrétaire d’Etat aux Sports et a dû céder la présidence du conseil d’administration à son compère Charvet, tout en restant actionnaire. «Cela nous a fait un peu de publicité sur le moment; mais ce qui fait la différence pour attirer et conserver la clientèle, c’est l’accueil, l’atmosphère chaleureuse de l’établissement, le cadre, la qualité de la restauration et de l’animation», souligne Patrick Péquiot.

Fumée interdite: nouveau défi

Après le contrôle d’identité introduit cette année, qui gêne certains clients qui tiennent à l’anonymat et interdit tout accès à un casino de leur pays aux quelque 35 000 interdits de jeu fichés dans l’Hexagone, les établissements de jeu français vont devoir faire face à un nouveau défi dès le 1er janvier prochain: l’interdiction de fumer. «Nous avons tous revu nos budgets à la baisse, souligne Patrick -Péquiot. On peut estimer à 60% le nombre de joueurs qui fument, et même davantage pour les amateurs du Texas Hold’em Poker, grande attraction de l’heure. Nous devrons déployer de nouvelles offres attractives pour notre clientèle si nous ne voulons pas la perdre au profit de Meyrin…»

Le Casino du Lac joue la proximité

Avec ses 1000 visites par jour en week-end, le Casino du Lac à Meyrin est en pleine santé. Et pour Yassine Ben Abdessalem, directeur général, la raison en est simple: «Les joueurs ont ce qu’il faut à domicile, pourquoi iraient-ils dépenser en France!» Avec

ses 150 machines à sous et sa quinzaine de tables, son établissement n’a rien à envier aux maisons de jeu frontalières.

La fréquentation est telle qu’il termine l’année avec un produit brut des jeux en augmentation de 21% par rapport à l’année dernière. «Notre clientèle, qui est quasiment la même que celle des casinos en France voisine, vient principalement du canton de Vaud et de Genève, explique le directeur. Avec le taux de change actuel, ils ont tout intérêt à venir en Suisse.»

Croissance à prévoir

Depuis l’entrée en vigueur en 2000 de la Loi sur les maisons de jeu, qui interdit tout jeu de hasard en dehors des casinos, la clientèle, captée jusqu’alors par la France, a vu son offre s’élargir. Pas moins de 19 concessions ont été attribuées sur le territoire suisse.

Et le Casino du Lac se porte si bien que son directeur espère le voir s’agrandir: «Nous travaillons actuellement sous un statut qui nous limite à 150 machines à sous. Avec une licence A, on vise bien plus!»

Confiant dans l’avenir, Yassine Ben Abdessalem est certain que la demande existe.

Un futur qu’il voit sans risque puisque, selon ses prévisions, «les casinos frontaliers ont, à terme, vocation à disparaître».Anne-Elisabeth Celton pour la Tribune de Genève